Vendredi 18 juillet 2014 5 18 /07 /Juil /2014 00:01

Ecclésia permixta

 

Homélie du 16e dimanche du temps ordinaire / Année A
20/07/2014

 

 

Les trois paraboles de ce dimanche peuvent être méditées selon la technique toute simple évoquée dimanche dernier : s'arrêter un à un sur chacun des acteurs du récit.

 

Une autre méthode d'interprétation consiste à replacer le texte dans son contexte pour bien comprendre le but dans lequel il a été écrit et pouvoir ensuite l’actualiser (méthode historico-critique).

Essayons d'appliquer cette grille de lecture sur la célèbre parabole du bon grain et de l'ivraie.

Quelle situation précise vise cette image du mélange entre le blé et les mauvaises herbes ?

Est-ce une réflexion philosophique sur l'origine du mal ? Ce n'est guère le mode de pensée sémite, beaucoup plus concret que la démarche grecque très conceptuelle. Même si on peut en tirer un vrai questionnement philosophique, l'art de la parabole vise d'abord à déchiffrer tel événement, telle situation, ou plutôt à savoir se poser les bonnes questions sur ce qui arrive.

Quand Mathieu écrit, vers 70-90 environ, les premières communautés chrétiennes sont déjà implantées en milieu juif, à partir du réseau des synagogues : Antioche, Alexandrie, Rome... Le succès croissant de la prédication des apôtres suscite bien des jalousies et des hostilités. Les autorités juives veulent réprimer et même éliminer ce courant considéré comme hérétique (cf. Saul se vantant d'avoir été un persécutant zélé contre « les disciples de la voie »). Le pouvoir romain voit avec inquiétude grossir les rangs de ces païens de chrétiens qui refusent d'adorer César et proclament que seul Jésus est Seigneur.

Les persécutions éclatent. Et comme toujours, certains membres de la communauté chrétienne sont prêts à retourner leur veste s'ils y trouvent un intérêt personnel (promotion romaine, considération juive), ou s'ils ont peur pour leur métier, leur famille (la peur des représailles a toujours été un puissant levier pour justifier la collaboration avec l'ennemi !). Tant et si bien que parmi les membres des communautés locales, certains ont préféré jouer le rôle d'informateurs auprès des autorités pour sauver leur peau ou obtenir des avantages. De plus, le pouvoir essayait d'infiltrer ces groupes de chrétiens, en y introduisant des espions pour mieux les surveiller, les déstabiliser en faisant courir de fausses rumeurs, les emprisonner plus facilement le cas échéant.

Les maquis de la Résistance en 39-45 ont connu le même problème douloureux : au milieu de nous il peut y avoir des traîtres, des « collabos ». Lorsque les premières communautés chrétiennes font cette triste découverte, elles peuvent douter d'elles-mêmes : sommes-nous vraiment le champ de blé, la vigne du Seigneur ? Pourquoi certains de nos frères nous trahissent-ils en actes et en paroles ? Que faire de ces traîtres une fois démasqués : les éliminer ? leur pardonner ?


 

 

Le problème a pris un tour aigu lorsque certains de ces chrétiens convaincus de connivence avec l'ennemi juif ou romain ont voulu ensuite se repentir et revenir vers l'Église. On les appelle les lapsi (lapsus = celui qui a chuté). Que faut-il faire de ces repentis ? Les exclure à jamais de l'Église pour garder le champ de blé pur de toute compromission ? Ou accepter de les réintégrer moyennant pénitence ? Le débat a fait rage longtemps, avec des positions extrêmes très dures et très intransigeantes (cf. Origène : « hors de l'Église point de salut » = celui qui a renié sa foi ne peut être sauvé). Heureusement, c'est la position du milieu qui a été retenue : l'Église ne sera jamais une secte de purs (cathares = purs). En mettant sur les lèvres de Jésus cette parabole du champ de blé mélangé à l'ivraie, Mathieu avertit les communautés auxquelles il écrit : acceptez que le bien et le mal soient mélangés en vous comme dans vos assemblées. Dieu seul est saint. Nous ne sommes que des vases d'argile, imparfaits et fragiles, qui portons un trésor.

Celui qui voudrait une Église de purs deviendrait aussi dur et inhumain que l'ennemi qui a semé l'ivraie.

 

Saint Augustin, confronté lui aussi à cette question des lapsi, avait trouvé cette formule géniale, directement tirée de notre parabole : Ecclésia permixta. Mot à mot : l'Église est une mixture, un mélange inextricable d'humain et de divin, de grandeur et de trahison, capable du meilleur et du pire. Acceptez que l'Église soit mélangée (permixta). Acceptez au passage que vous aussi soyez mélangés. Car les intransigeants ne font jamais que punir les autres de ce qu’ils ne se pardonnent pas à eux-mêmes.

Ceux qui ne s'acceptent pas mélangés, avec réalisme et humilité (voire humour) le font payer aux autres en étant très durs (c’est souvent le problème personnel des intégristes de tous bords).

 

Notre histoire personnelle est faite de ce mélange inextricable où le blé et l'ivraie croissent ensemble. La sagesse de Jésus nous invite à faire confiance à la puissance de vie qui se manifeste à travers cette croissance commune : ce qui compte c'est de grandir. Même s'il y a des échecs, des blessures, de l’ivraie par brassées, peu importe s'il y a également du désir, de l'amour, des épis par brassées.

Jésus va même jusqu'à suggérer que le mal finira par être utile : non seulement il n'aura pas pu empêcher le blé de pousser, mais à la fin on le liera en bottes et il  sera brûlé, signe que mystérieusement il sert au moins à procurer chaleur et lumière !

 

Ne pas vouloir éradiquer le mal semble être une attitude bien peu religieuse... L'Ancien Testament promeut une politique plus volontariste : « tu feras disparaître le mal du milieu du toi » est un leitmotiv qui parcourt tout le Deutéronome, justifiant ainsi la lapidation et autres exécutions des idolâtres notamment (Dt 13,6 ; 17,7.12 ; 19,19 ; 21,21 ; 22,21.22.24 ; 24,7). Le Christ – lui - insistera sur la distinction entre le méchant et ses actes, au point d’inviter à dénoncer le mal sans pour autant éliminer celui qui le commet. Au contraire, l'amour des ennemis sera leur planche de salut.

 

Cette politique non-violente à l'égard du mal peut choquer. Qu'aurait-on fait contre Hitler si on l'avait appliquée à la lettre ? Pourtant, Hitler lui-même est le fruit de la violence contre le mal ! Le traité de Versailles en 1918 incarnait la revanche et le mépris des vainqueurs sur les vaincus : les Allemands étaient devenus l'ivraie de l'Europe. Les vainqueurs voulaient à tout jamais la museler, en éradiquant son venin par la force, et pour cela ils ont démantelé, humilié, appauvri l'Allemagne défaite. Seule Keynes s'est élevé contre ce traitement inique, pressentant qu'il annonçait des jours de malheur. Vouloir éradiquer le mal par la force engendre des violences plus grandes encore. Les guerres en Irak et en Iran le prouvent à nouveau, hélas.

 

L'histoire de l'Église n'est pas différente de la nôtre sur ce point. Elle comporte des saints splendides et des personnages sordides. Elle engendre Jean-Paul II et les Borgia, François d'Assise et l'Inquisition, des moines et des évêques capables de défricher et de servir comme de dominer et d'opprimer.

Celui qui voudrait une Église de purs n'a sans doute pas fait le travail sur lui-même qui lui permettrait de se voir tel qu'il est, sans complaisance, avec réalisme et humilité : mélangé.

Ecclésia permixta : plus que jamais, l'Église doit être humble en effet devant ses limites et ses failles. Plus que jamais elle doit en même temps proposer à tous le trésor de l'Évangile en le laissant rayonner à travers elle.

 

Il y a d'autres manières de juguler le mal, de l'empêcher de nuire, que de supprimer son auteur. C'est d'ailleurs la raison fondamentale pour laquelle l'Église est contre la peine de mort : supprimer l'ivraie compromet la croissance de tout l'ensemble. Les croisades contre « l'axe du mal » se terminent mal. Voilà pourquoi Jean-Paul II comme ses successeurs ont toujours dénoncé - isolés dans le concert des nations - les interventions militaires en Irak, en Iran, en Afghanistan.


 

 

Finalement, cette petite parabole est révolutionnaire !

Le mal ne se combat pas frontalement par la violence, il se jugule par la croissance des épis de blé foisonnant autour de lui...

 

Ecclésia permixta.
Ce n'est pas seulement l'Église qui est mélangée, c'est l'humanité, notre humanité personnelle et collective.
L'accepter avec la sagesse du Christ permet de faire grandir le blé, de circonscrire l'ivraie, et même d'en faire quelque chose d'utile.

 

 

 

1ère lecture : La patience du Tout-Puissant (Sg 12, 13.16-19)

 

Lecture du livre de la Sagesse

Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur, toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes.
Ta force est à l'origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose.
Il montre sa force, l'homme dont la puissance est discutée, et ceux qui la bravent sciemment, il les réprime.
Tandis que toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n'as qu'à vouloir pour exercer ta puissance.
Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain, et tu as pénétré tes fils d'une belle espérance : à ceux qui ont péché tu accordes la conversion.

 

Psaume : Ps 85, 5-6, 9ab.10, 15-16ab

R/ Toi qui est bon et qui pardonnes, écoute-moi mon Dieu !

Toi qui es bon et qui pardonnes, 
plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,
écoute ma prière, Seigneur, 
entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grands et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, 
lent à la colère, plein d'amour et de vérité,
regarde vers moi, 
prends pitié de moi.

 

2ème lecture : C'est l'Esprit Saint qui nous fait prier (Rm 8, 26-27)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, 
l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.
Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l'Esprit : il sait qu'en intervenant pour les fidèles, l'Esprit veut ce que Dieu veut.

 

Evangile : Les paraboles du Royaume. L'ivraie - La graine de moutarde et le levain (brève : 24-30) (Mt 13, 24-43)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l'univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 

Jésus proposa cette parabole à la foule : 
« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla.
Quand la tige poussa et produisit l'épi, alors l'ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire : 'Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ?'
Il leur dit : 'C'est un ennemi qui a fait cela.' Les serviteurs lui disent : 'Alors, veux-tu que nous allions l'enlever ?'
Il répond : 'Non, de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.' » 

Il leur proposa une autre parabole : 
« Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu'un homme a semée dans son champ.
C'est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » 
Il leur dit une autre parabole : « Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu'une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte ait levé. »

Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : C'est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l'ivraie dans le champ. »
Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme ;
le champ, c'est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l'on enlève l'ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l'homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. 

Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
Patrick BRAUD

Par L'homélie du dimanche - Communauté : Communauté spirituelle
Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 00:01

La lectio divina : galerie de portraits

 

Homélie du XV° dimanche du temps ordinaire / Année A
13/06/14

 

 

 

Il existe une méthode toute simple pour ruminer un texte biblique.

Vous faites la liste des acteurs intervenant dans ce texte. Puis vous vous identifiez un à un à ces différents acteurs. Tant que cette identification à un personnage nourrit votre réflexion, votre prière, vous restez fixés sur lui, savourant ce qu'il vous révèle, actualisant son message pour vous aujourd'hui. Puis, lorsque votre attention faiblit, vous passez au personnage suivant, avec la même qualité de contemplation et d'actualisation. Et ainsi de suite jusqu'au dernier.

C'est d'autant plus facile à faire lorsque le texte est court, comme notre parabole du semeur (Mt 13,1-23), avec des acteurs bien identifiables.

 

Allons-y ! Faisons l'exercice ensemble.

 

La liste des acteurs.

 

Il suffit de relire le texte, stabilo en main, et de surligner ceux qui apparaissent en cours de route : Jésus, la foule, le semeur, les grains, la terre (sous toutes ses formes). Il y a d'autres acteurs mineurs que l'on peut quand même relever : les oiseaux, le soleil, les ronces.

Bigre : pas moins de 8 acteurs ! Vous voyez que si vous prenez ne fût-ce que cinq minutes par personnage, vous pouvez aisément prier 40 minutes sur ce texte sans vous ennuyer une seconde !

 

Disons quelques mots de la contemplation et de l'actualisation possible pour chaque acteur.

 

Jésus.

S'identifier à Jésus, quelle audace !

Et pourtant, c'est celle de notre baptême, qui par l'onction de l'Esprit Saint fait de nous « d'autres Christs » pour agir et parler en son nom aujourd'hui.

Jésus sort de la maison (de Pierre à Capharnaüm, qui est devenue sa maison, au sens où il y est  comme chez lui). Savoir sortir de chez soi (de son univers, et sa culture...) est donc essentiel pour nourrir les foules.

Jésus s'assoit au bord du lac, puis dans la barque à quelques encablures du rivage. Il sait que là, porté par l'eau calme, sa voix résonnera loin et sera audible par tous. Se préoccuper des conditions, des modalités de son message est au moins aussi important que le message lui-même. D'autant plus que Jésus n'a envoyé aucun tweet pour convoquer les journalistes. Il laisse les foules venir à lui sans les contraindre ni les manipuler. Il laisse le bouche à oreille fonctionner. Il se laisse trouver par ceux qui le cherchent.

Nous pourrions nous inspirer de ce type de parole publique pour nourrir les débats de société. Et parler nous aussi en paraboles à la manière de Jésus. Tout le monde savait à l'époque ce qu'étaient les semailles. Dans une société agraire, le geste du semeur à tout vent ne s'inscrivait pas comme le logo du dictionnaire Larousse, mais comme une scène quotidienne aussi connue que la montée dans le RER B à La Défense aujourd'hui. Partir des réalités culturelles communes à ses contemporains est la base de la pédagogie des paraboles. Si on y était fidèle, on ne parlerait plus semailles ou rendement d’épis de blé, mais carnet de commandes, rentabilité financière, ou fécondité sportive pour l'équipe de football qui réussira à soulever la coupe du monde !

Parler en paraboles est toujours d'actualité. Comment nous inspirons-nous du monde du travail, de la famille, de nos réseaux sociaux et autres marqueurs sociétaux pour y annoncer l'Évangile ?

 

La foule.

Elle est « immense ». Pas d'élitisme donc à avoir en Église. La foule accepte de se laisser rassembler telle qu'elle est, mélangée, sur le rivage. Les chrétiens qui rechignent aux grands rassemblements, aux assemblées bigarrées des communions ou des mariages n'aimeraient pas cette foule pourtant bien évangélique, et ils auraient bien tort ! Manifestement cette foule écoute de toutes ses oreilles (au point d'en oublier de manger, découvrira-t-on plus loin). Et c'est bien ce à quoi nous sommes appelés lors de chaque rassemblement (Église = ekklèsia = assemblée).


 

 

Le semeur.

Quelle naïveté ! Ou plutôt telle générosité !

Il sème à tout vent, sachant bien que le pourcentage de réussite ne sera pas terrible. Cela ne le décourage pas pour autant. Les bons professeurs qui se décarcassent pour une classe de 25 ou 30 élèves le savent d'expérience, surtout en ZEP : tous n'en profiteront pas, loin de là. Pourtant s'il n'y en avait qu'un qui pourrait grâce à leur enseignement prendre goût à la matière et faire un beau parcours professionnel ensuite grâce en partie à cela, cela vaudrait la peine. La conviction  du semeur, du pédagogue, du prédicateur ou du leader d'équipe, c'est qu'il faut semer beaucoup pour que un peu soit productif.

Avec le semis en ligne puis les machines, on a rationalisé et optimisé ce geste auguste, et donc l'image ne parle plus. La générosité de l'éducateur - elle - demeure. Ainsi que la conviction de leader en entreprise ou du prêtre en paroisse : il faut livrer beaucoup pour que un peu réussisse, mais ce peu là fait de grandes choses !

 

Les grains.

Drôle d'acteurs me direz-vous ! Mais ils ont au moins le mérite de se laisser faire, de se laisser envoyer un peu n'importe où, au petit bonheur la chance. Les missionnaires qui au XVIII° ou XIX° se sont laissés envoyer en Corée ou en Afrique Noire étaient ainsi. Le matin même de leur départ pour de longs mois en bateau, ils découvraient dans une enveloppe leur destination sans rien en connaître : Séoul, Chandernagor, Conakry...

Dès qu'elles le peuvent, les graines se développent, lèvent au soleil, sans calculer le risque de se dessécher ou d'être picorées. Elles croissent, un point c'est tout, parce que c'est leur nature de donner le meilleur d'elles-mêmes pour manifester la vie, pour donner de la nourriture, de la prospérité. « La rose est sans pourquoi » (Angélus Silésius). Nos graines ne se posent pas de questions. Quels que soient les dangers, elles se livrent, et à Dieu vat ! N'est-ce pas aujourd'hui encore cette gratuité et cette disponibilité qu'on attend des chrétiens plantés dans leur milieu professionnel, associatif ou autre ? « Fleuris là où Dieu t'a planté » aimait à répéter Saint François de Sales...

 

La terre (sous toutes ses formes).

Bord du chemin, sol pierreux ou couvert de ronces, bonne terre : tous ces humus peuvent refléter les différents terrains de l'évangélisation. Certains milieux professionnels sont plus durs à transformer que d'autres (pensez à la corruption, habituelle dans certains métiers), certains milieux sociaux également (pensez aux mafias), sans compter certaines sociétés apparemment très fermées (pensez aux États islamiques).

Cette diversité de terreau peut également refléter différents moments de notre histoire personnelle. À une certaine époque, nous étions peut-être superficiels, sans racines. À une autre, le succès et l'aisance matérielle nous ont peut-être rendu pierreux, desséchés. Et les ronces de la vie se sont peut-être chargées d'étouffer bien de nos désirs les plus vrais...

À quel type de terreau correspondons-nous aujourd'hui ?

Cette diversité peut d'ailleurs exister encore en nous : tel aspect de notre vie est fécond, tel autre est en jachère, tel autre est dur et sec, tel autre est étouffé et encombré par tant de superflu...

 

 

 

Les acteurs mineurs.

 

- Les oiseaux viennent tout manger.

C'est leur métier d'oiseaux ! Il n'y a pas à leur reprocher ! Au moins ils évitent que les graines soient gaspillées... Nous pouvons être ces oiseaux si nous savons aller grappiller avec astuce les trésors que d'autres négligent paresseusement, mais que nous voyons exposés sur le bord de leur chemin.

Oiseaux de tous pays, unissons-nous pour picorer tout ce qu'il y a de bon à prendre chez ceux qui le dédaignent (cf. les petits chiens qui se nourrissent des miettes tombant de la table de leur maître Mt 15,27) !


 

 

- Le soleil se lève et grille les épis naissants qui n'ont pas de racines.

Là encore, rien à lui reprocher. Il assume sans le savoir son rôle de bêta-testeur de la qualité du produit. Nous pouvons jouer ce rôle en invitant comme le soleil les autres (collègues, paroissiens, amis, proches) à se développer, à grandir. Et ce n'est pas notre responsabilité si leur manque de racines leur brûle les ailes en cours de route. En tout cas, ce n'est pas une raison pour ne pas briller.

 

- Les ronces étouffent et recouvrent tout.

Pour la mission, leur rôle est plutôt négatif. Prenons garde à ne pas endosser ce triste rôle en égratignant et en bloquant les autres !

 

- Un dernier acteur pourrait être le fruit produit par la bonne terre. Plus qu'un résultat cherché avec obstination, il apparaît plutôt ici comme une résultante. C'est de l'action conjuguée du semeur généreux, de la graine qui se livre sans pourquoi, du sol assez profond et dégagé, et du soleil imperturbable que de tout cela naît un épi, multipliant en lui-même à l'infini la générosité dont il est issu : 30, 60 ou 100 pour un ! Accueillir le fruit produit comme une résultante, « par dessus le marché », permet d'être terriblement efficace, presque sans le vouloir.

 

Vous le voyez : nous n'avons fait qu'effleurer par écrit ce qu'une longue méditation intérieure vous fera savourer autrement plus en profondeur.

 

Pratiquez cette galerie de portraits dans votre Lectio Divina (méditation biblique) et vous verrez que vous vous mettrez à régulièrement produire des fruits, sans même le vouloir, sans même vous en apercevoir...

 

 

 

 

1ère lecture : La parole de Dieu fait germer la terre (Is 55, 10-11)

Lecture du livre d'Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

 

Psaume : Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14

R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences.

Tu visites la terre et tu l'abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau,
tu prépares les moissons.

Ainsi, tu prépares la terre,
tu arroses les sillons ; 
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies, 
tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits,
sur ton passage, ruisselle l'abondance.
Au désert, les pâturages ruiselle,
les collines débordent d'allégresse.

Sur ton passage ruiselle l'abondance.
Les herbages se parent de troupeaux 
et les plaines se couvrent de blé. 
Tout exulte et chante !

 

2ème lecture : La création tout entière participe au salut (Rm 8, 18-23)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
j'estime donc qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.
Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

 

Evangile : Les paraboles du Royaume. Le semeur (brève : 1-9)(Mt 13, 1-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier ! Alléluia. (cf. Mt 13, 4.23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D'autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s'étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D'autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D'autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu'il entende ! »
Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit : 
« À vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n'est pas donné.
Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance ; mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.
Si je leur parle en paraboles, c'est parce qu'ils regardent sans regarder, qu'ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s'est alourdi : ils sont devenus durs d'oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n'entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu'ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !
Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand l'homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s'empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c'est le terrain ensemencé au bord du chemin.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c'est l'homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a pas de racines en lui, il est l'homme d'un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c'est l'homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.

Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »

Patrick BRAUD

Par L'homélie du dimanche - Communauté : Communauté spirituelle
Vendredi 4 juillet 2014 5 04 /07 /Juil /2014 00:01

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

 

 

Homélie du XIV° dimanche / Année A
06/07/2014

 

 

 

Le mendiant de Tauler

Il y avait un célèbre théologien qui demandait à Dieu depuis huit ans, par des prières continuelles, qu’il lui montrât un homme capable de lui enseigner la voie de la vérité. Un jour que ce désir était plus vif en lui que de coutume, il entendit une voix du ciel qui lui dit : « Sors, et va à la porte de l’église, tu y trouveras l’homme que tu cherches. » Étant sorti, il rencontra un mendiant dont les pieds étaient tout salis par la boue, et dont les habits ne valaient pas trois oboles. Il le salua en ces termes :

 – Bonjour, mon ami.
 – Le mendiant : Je ne me souviens pas d’avoir eu un seul jour mauvais dans ma vie.
 – Le docteur : Que Dieu te donne la prospérité.
 – Le mendiant : Je ne sais ce que c’est que l’adversité.
 – Le docteur : Eh bien ! que Dieu te rende heureux.
 – Le mendiant : Je n’ai jamais été malheureux.
 – Le docteur : Eh bien ! que Dieu te sauve : parle plus clairement, je ne comprends pas ce que tu dis.
 – Le mendiant : Volontiers.
Vous m’avez souhaité le bonjour, et je vous ai répondu que je n’en ai jamais eu de mauvais. En effet, quand j’ai faim, je loue Dieu ; si j’ai froid, s’il fait de la grêle, de la neige ou de la pluie ; que l’air soit pur ou troublé, je loue Dieu ; si je suis malheucreux ou méprisé, je le loue également, et c’est pour cela que n'ai jamais vu de mauvais jours.

Vous m’avez souhaité la prospérité, et je vous ai répondu que je n’avais jamais connu l’adversité ; car je sais vivre avec Dieu, et je suis certain que tout ce qu’il fait ne peut être que très bon. Aussi tout ce qui m’est arrivé d’agréable ou de contraire, de doux ou d’amer, je l’ai reçu de lui comme étant très bon pour moi. Je n’ai donc jamais été dans l’adversité.

Vous m’avez souhaité le bonheur, et je vous ai répondu que je n’avais jamais été malheureux ; car j’ai résolu de ne m’attacher qu’à la volonté divine, de sorte que je veux tout ce que Dieu veut.

 – Le docteur : Mais que dirais-tu si Dieu voulait te précipiter en enfer ?
– Le mendiant : Me précipiter en enfer ? S’il le faisait, je l’embrasserais de mes deux bras. Avec le bras de l’humilité j’embrasserais son humanité sacrée, et sa divinité avec le bras de la charité, et je le forcerais à descendre avec moi en enfer. Or l’enfer avec lui me serait plus agréable que le ciel sans lui.

Le docteur comprit par là que la résignation, jointe à une humilité profonde, est la voie la plus courte pour aller à Dieu.

Jean Tauler (1300-1361)

 

 

Consentir au réel

Selon Tauler, la véritable humilité est donc de consentir au réel. Non pas sous la forme une quelconque résignation (mektoub !), ni d'une soumission fataliste à la soi-disant volonté de Dieu. Mais bien plutôt sous la forme d'une joyeuse acceptation de l'évènement = ce qui vient d'ailleurs, ce qui advient. Notre mendiant imite saint Paul, qui sait être à l'aise aussi bien dans l'indigence que dans l'abondance.

Au lieu de se plaindre de ce qui est, il accueille la tonalité du jour comme ce qui va lui permettre d'être lui-même. Cette humilité colle au réel, comme les pieds du paysan collent à l'humus (=> humilité), au terreau de son champ.


 

Est humble selon Tauler celui qui ne vit pas ailleurs que dans sa propre existence, et qui accueille ce qui est (la maladie ou la santé, l'argent ou la pauvreté), dans une égalité intérieure qui lui permet d'en tirer profit.

La sagesse des psaumes le sait depuis longtemps : « je ne poursuis ni grand dessein ni merveilles qui me dépasse. Non mais je tiens mon âme égale silencieuse au fond de moi, comme un petit enfant tout contre sa mère ».

 

Cela ressemble à la sainte indifférence ignatienne :

 

« L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin

 

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et qui ne lui est pas défendu ;

de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »

Principe et Fondement, Ignace de Loyola, 1491-1156

 

Cela ressemble encore à la sagesse de Salomon : « je ne cherche pas tant la richesse ou la santé ou la réussite ou la victoire, mais la sagesse qui vient de toi », dit en  substance Salomon dans sa prière (cf. 1R 8, 5-15).

 

Consentir au réel, accueillir ce qui vient, savourer ce que chaque moment possède en lui-même, libre de toute comparaison, envie ou jalousie : l'humilité est un chemin de sagesse pour jouir de ce qui est, simplement.

 

 

Moïse, le plus humble

Après Jésus, la Bible nous dit que l'homme le plus humble que la terre ait porté est Moïse (Nb 12,3). Pourquoi ? Justement parce qu'il a su consentir au réel et ainsi le transformer.

Il a commencé par se révolter de sa propre initiative devant l'esclavage de ses frères hébreux. Cela l'a conduit au meurtre, et à une fuite stérile. Puis il a accepté que Dieu lui-même vienne le chercher au buisson ardent, à sa manière. Et lui n'aurait pas agi ainsi ; lui n'aurait pas fait errer son peuple 40 ans au désert. Mais parce qu'il était humble, Moïse se laissait faire par un plus grand que lui. Il avait une conscience aiguë de qui il était vraiment, c'est pourquoi il ne revendiquait pas d’être un autre.

Un exemple frappant de l'humilité de Moïse est son réalisme face à son handicap. Il est bègue, et ne pas savoir parler en public est un sacré handicap pour un leader politique ! Le film « Le discours d’un roi » montre à quel point le roi d'Angleterre George VI a dû travailler cette faiblesse pour remplir son rôle. Eh bien : Moïse sait qu'il a ce handicap, et il a l'humilité de le reconnaître devant Dieu et devant les autres. Du coup, il demande à Dieu un porte-parole, une voix à ses côtés capable de nourrir le peuple, ce qu'il ne peut pas faire. Ce sera Aaron, fidèle compagnon d'exode, qui par sa seule présence rappellera à Moïse qu'il n'est pas tout-puissant, qu'il a besoin de l'autre (cf. Ex 4, 10-17).

 

 

C'est dans la fournaise qu’on voit l'humble

Quand Jésus déclare qu'il est humble de coeur, nul doute qu'il épouse ce consentement au réel, cet acquiescement au désir de son Père qu’il déchiffre à travers les événements de sa vie. Le sommet de cette humilité est peut-être l'agonie de Gethsémani : la croix se profile, et Jésus ne le voulait pas ainsi. Il se bat contre le désir d'indépendance qui fait partie de la nature humaine, et il sort épuisé de ce combat : « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». L'humble est celui qui, à l'image du Christ, finit par compter sur Dieu avant soi-même, surtout dans l'épreuve où la tentation de ne compter que sur soi est terrible.

 

L'expression humble de coeur n'est employée qu'une seule fois dans le Nouveau Testament, ici en Mt 11, 25-30, et une seule fois également dans l'Ancien Testament, en Dn 3,87. Il s'agit de l'épisode célèbre de trois enfants dans la fournaise. En pleine persécution, Ananias, Azarias et Misaël préfèrent être jetés dans le feu plutôt que de renier leur foi.

Et voilà qu'au milieu de la fournaise, le roi persécuteur Darius voit ces trois enfants avec un homme qui mystérieusement va et vient librement dans cet enfer.

Et voilà que la puissance de la louange de ces trois enfants plongés dans l'épreuve va les libérer de la mort et convertir le tyran, impressionné par leur résilience en quelque sorte.

Le cantique des trois enfants (Dn 3) que nous chantons chaque dimanche matin à l'Office des laudes proclame la fécondité de cette humilité : compter sur Dieu, et non sur ses propres forces, surtout au coeur de la fournaise. « Et vous les humbles de coeur, bénissez le Seigneur ! »

Voilà sans doute pourquoi Jésus emploie cette expression unique (c'est un hapax = usage unique, disent les spécialistes) de l'Ancien Testament : humble de coeur. Jésus s'identifie à Ananias, Azarias et Misaël pour déchiffrer la fournaise de la Passion qui approche. Au plus fort de l'épreuve, la tentation serait de se replier sur soi : « il en a sauvé d'autres, qu'il se sauve lui-même ! » raillent les cyniques par trois fois au pied de la croix, comme en écho aux trois tentations au désert.

Parce qu'il est humble, Jésus refuse d'être indépendant.

Parce qu'il est humble de coeur, il accepte de plonger dans l’horreur du procès et de la croix, en comptant sur son Père.


Plus humble de coeur encore qu'Ananias, Azarias et Misaël, Jésus ne verra pas d'homme libre habiter sa fournaise. Il s'exposera pourtant à l'horrible sentiment de solitude qui va déchirer son coeur : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Il ne comprend pas pourquoi Dieu le conduit ici et de cette manière, mais ils crie vers lui, jusqu'à l'extrême, son désir d'être fils, de se recevoir de lui quoi qu'il arrive.

 

De même que l’expression pauvre en esprit évite de réduire la pauvreté à son aspect matériel, humble de coeur permet de dessiner une humilité plus profonde que la seule perception commune. C'est bien au livre de Daniel que Jésus pense lorsqu'il parle de lui comme humble de coeur. C'est ce qui va lui permettre d'être broyé mais pas anéanti par la croix.

 

 

Dieu élève les humbles

Car la promesse faite aux humbles est bien celle que chante Marie dans son Magnificat : « il élève les humbles ! »

En cela, Marie est la fille des psaumes qui ne cessent de cantiller ce salut jour et nuit offert à ceux qui comptent sur Dieu plus que sur eux-mêmes (Ps 10,17 ; 18,28 ; 29,23 ; 37,11 ; 69,33 ; 76,10 ; 138,6 ; 147,6 ; 149,4).

Elle est également la fille des prophètes qui annonçaient que cette résilience des pauvres, des petits, serait plus efficace que la domination des orgueilleux (Job 34,28 ; Judith 9,11 ; 16,11 ; 2Samuel 22,28 Esther 1,10 1Macchabées 14,14 Sophonie 3,12...).


 

 

 

Alors, quel chemin avons-nous à parcourir pour devenir davantage un humble de coeur, uni au Christ ?

Relisez les différentes fournaises qui ont jalonné votre histoire : comment les avez-vous traversées ? Vous ont-elles appris à compter sur un autre que vous-même ? À consentir au réel ? À devenir plus interdépendant (et non indépendant) ?

Relisez l'histoire du mendiant de Tauler : pouvez-vous dire vous aussi que vous voulez tout ce que Dieu veut ?

 


 

 

 1ère lecture : Le Messie qui vient est un roi humble (Za 9, 9-10)

Lecture du livre de Zacharie

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.

Ce roi fera disparaître d'Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l'arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s'étendra d'une mer à l'autre, et de l'Euphrate à l'autre bout du pays.

 

Psaume : Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Béni sois-tu à jamais, Seigneur, Dieu de l'univers !

Je t'exalterai, mon Dieu, mon Roi ; 
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai, 
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d'amour,
la bonté du Seigneur est pour tous, 
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres. 

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce 
et que tes fidèles te bénissent ! 
Ils diront la gloire de ton règne, 
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu'il dit, 
fidèle en tout ce qu'il fait. 
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, 
il redresse tous les accablés.

 

2ème lecture : L'Esprit du Christ est en nous, et il nous ressuscitera (Rm 8, 9.11-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas.
Mais si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n'est pas envers la chair : nous n'avons pas à vivre sous l'emprise de la chair.
Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.

 

Evangile : « Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l'univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

Par L'homélie du dimanche - Communauté : Communauté spirituelle
Vendredi 27 juin 2014 5 27 /06 /Juin /2014 00:01

Jésus évalué à 360°

 

Homélie pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul / Année A
29/06/2014

 

 

Recevoir son identité

Connaissez-vous cette pratique managériale qu'on appelle ld'évaluation à 360° ?

D'habitude, en entreprise, un salarié est évalué une fois l'an par son responsable direct. Cet entretien d'évaluation conditionne souvent une augmentation de salaire ou une évolution de carrière. Mais certaines entreprises se sont aperçues que se limiter au seul N+1 introduit un biais dans l'évaluation. D'où l'idée de demander à tous les collègues du salarié, voire à ses clients, ses fournisseurs, de contribuer eux aussi à cette évaluation. Un salarié est ainsi jaugé (dans la confidentialité, l'anonymat et si possible la bienveillance !) par ses pairs, ses N+1, ses N-1... à 360° donc.


 

 

Jésus aurait-il appris cette technique managériale à l'école de commerce de Nazareth ? L'épisode de ce dimanche (Mt 16, 13-19) nous met en tout cas en présence d'une pratique de cet ordre, transposée sur le plan spirituel.

En effet, en posant la question : « pour vous qui suis-je ? », Jésus demande à ses amis de l'aider à faire le point sur lui-même.

 

S'il avait voulu faire une interrogation orale à la manière d'un examen dont il connaîtrait les bonnes réponses, il aurait tout de suite rectifié les ‘fausses’ identités proposées par les disciples. Non : il est à un moment stratégique de sa vie, et il a besoin du discernement de ceux qui le connaissent pour avancer. Répondre « Jean-Baptiste ressuscité » ou « Élie qui doit venir » le met déjà sur la voie. Car Jean-Baptiste est bien le prophète le plus proche du Messie, « le plus grand des enfants des hommes ». Et Élie est bien celui dont le retour annoncerait les temps messianiques.

 

Pourquoi a-t-il besoin de consulter ainsi ses amis ? N'est-il pas le fils de Dieu ? Il devrait le savoir mieux que les autres !

Pourtant, dans son humanité, Jésus hésite. Avant de prendre avec courage la route de Jérusalem, dont il devine qu'elle lui sera fatale, Jésus a besoin qu'on lui dise qui il est vraiment. Dans son humanité, Jésus s'interroge ici sur son identité (va-t-il jusqu'à douter ?...), comme il questionne la volonté de son Père à Gethsémani sans pour autant la contester, au contraire. L'évaluation à 360° à laquelle il procède avec les Douze va l'aider à discerner ce pour quoi il est fait.

Ce faisant, il est profondément fidèle à sa double identité de fils (de Dieu, de l'homme). Être fils, c'est se recevoir d'un autre, accepter de ne pas être à soi-même sa propre origine. Fils de l'homme, Jésus se reçoit des hommes : il a besoin de recevoir son identité de ses compagnons de route aussi, comme il la reçoit de son Père.

 

Aussi, lorsque Pierre risque sa propre réponse (et non plus celle des autres), Jésus reconnaît en lui un message de Dieu lui-même : « ce n'est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Dieu est donc capable de parler à travers les autres pour nous révéler qui nous sommes !

D'où l'importance pour nous aussi d'oser poser la question à nos compagnons de route : pour vous qui suis-je ?

D'où l'intérêt d'écouter attentivement les avis des autres sur notre action, notre personnalité.

 

Retour d’image


Poissons.jpg Lorsque c’est trop compliqué d’organiser une évaluation à 360° avec beaucoup de collaborateurs à consulter, on peut également procéder à un « retour d’image ». En individuel, quelqu’un demande alors à un collègue (ou client, ou N-1…) de lui dire quelle image il se fait de lui. L’entretien est plus qualitatif, et donne lieu à plus d’approfondissement des situations perçues  positivement ou négativement.

 

La Bible connaît de tels retours d’image, et notablement ceux que prodiguent les prophètes – sans qu’on leur ait demandé ! – à l’encontre de puissants de ce monde. Le plus célèbre est sans doute le retour d‘image que le prophète Nathan donne au roi David, avec tact, pédagogie et grande fermeté, pour lui faire comprendre qui il est (suite à son adultère avec Bethsabée, la femme de son général d’armée, Urie, qu’il a en plus envoyé se faire tuer au front !) :


« Yahvé envoya le prophète Nathan vers David. Il entra chez lui et lui dit:

Il y avait deux hommes dans la même ville, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une brebis, une seule petite qu'il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein: c'était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l'homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour son visiteur."

David entra en grande colère contre cette homme et dit à Nathan: "Aussi vrai que Yahvé est vivant, l'homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n'avoir pas eu de pitié."

Nathan dit alors à David: "Cet homme, c'est toi!

Ainsi parle Yahvé, Dieu d'Israël: Je t'ai oint comme roi d'Israël, je t'ai sauvé de la main de Saül, je t'ai livré la maison de ton maître, j'ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda et, si ce n'est pas assez, j'ajouterai pour toi n'importe quoi. Pourquoi as-tu méprisé Yahvé et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l'épée Urie le Hittite, sa femme tu l'as prise pour ta femme, lui tu l'as fait périr par l'épée des Ammonites. Maintenant l'épée ne se détournera plus jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé et que tu as pris la femme d'Urie le Hittite pour qu'elle devienne ta femme. » (2S 12, 1-10)

 

« Cet homme, c’est toi ! » 

On connaît tous des patrons, des hommes de pouvoir, des responsables d'Église ou d'associations qui sont sourds à l’avis des autres sur eux-mêmes. Ils ne pratiqueront jamais l'évaluation à 360°... alors qu'ils se permettent de juger leurs subordonnés, de les muter ailleurs, de les promouvoir ou de les sanctionner.

Le Christ, « doux et humble de cœur », s'est soumis à cette évaluation à 360°, car il savait en avoir besoin pour assumer son identité messianique.

Qui serions-nous pour refuser cette évaluation et nous priver du pouvoir révélateur qu'elle véhicule ?

 

Effet boomerang

La suite de cet entretien est tout aussi étonnante. Simon a contribué à révéler à Jésus qu'il est vraiment le Messie, et Jésus en retour lui révèle qu'il est Pierre et pas seulement Simon. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Déjà, il avait reconnu en lui le « fils de Yonas », saluant ainsi en Simon quelqu'un qui lui aussi se reçoit d'un autre. Et quel autre ! Yonas est en effet le prénom du fameux prophète à la baleine, destiné à élargir le salut aux non-juifs (cf. le livre de Jonas), ce que fera effectivement Pierre avec le centurion Corneille plus tard (Ac 10).

En complément de cette révélation qui va marquer la mission de Simon, Jésus lui révèle encore plus : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Jésus, qui est la pierre bientôt rejetée par les bâtisseurs mais bientôt élevée par Dieu en pierre d'angle, donne à Simon la mission d'être la pierre de fondation de son Église.

 

Deux enseignements peuvent être tirés de cet échange d'évaluations croisées :

- dire à l'autre qui il est m’aide à savoir qui je suis moi-même.

Au lieu de se taire par peur du responsable hiérarchique, ou par pudeur devant ses pairs, prendre la parole pour dire à l'autre ce que je perçois de lui (avec bienveillance et esprit constructif !) me permet de recevoir en retour des éléments sur ma propre identité.

- « seul le Christ manifeste pleinement l'homme à lui-même ». Cette phrase de Vatican II (GS 12) convient parfaitement à l'expérience de Pierre à Césarée de Philippe. Elle nous convient également parfaitement. Plus nous scrutons les Écritures, plus nous persévérons dans la prière, et plus nous découvrons qui nous sommes.

Le détour par Dieu est le plus court chemin vers soi-même !

Cette expérience est ancienne. Elle est aux origines du peuple d'Israël. « Je ne te lâcherai pas que tu ne m'aies béni » insistait Jacob se battant contre Dieu. Et voilà que son adversaire lui révèle (comme à Pierre) qui il est vraiment : Israël (le fort contre Dieu), source de bénédiction pour tous les peuples. (Gn 32).

En ce sens, la Bible est beaucoup moins une révélation sur Dieu (qui est toujours plus grand que ce qu'on dit de lui) que sur l'homme, déchiffrant à travers les événements quelle est sa dignité, sa grandeur, sa vocation.

 

Pratiquons donc entre nous l'évaluation à 360°, avec humilité et bienveillance.

Recevons des autres notre identité.

Battons-nous avec Dieu jusqu'à ce qu'il nous éclaire sur nous-mêmes.

Faisons le détour par le Christ pour qu'il nous manifeste pleinement à nous-mêmes.

 

 

 


Messe du jour

 1ère lecture : Pierre est délivré de prison par le Seigneur (Ac 12, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

À cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l'Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter. Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque. Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l'intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête. Tandis que Pierre était ainsi détenu, l'Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde. 
Tout à coup surgit l'ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L'ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains. Alors l'ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l'ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l'ange, il ne se rendait pas compte que c'était vrai, il s'imaginait que c'était une vision. Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s'ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l'ange le quitta. Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c'est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m'a arraché aux mains d'Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »

 

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m'entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L'ange du Seigneur campe à l'entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

 

2ème lecture : Confiance de Paul au soir de sa vie (2Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Thimothée

Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire. La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu : tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J'ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

 

Evangile : Confession de foi de Pierre (Mt 16, 13-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n'auront sur elle aucun pouvoir.Alléluia. (cf. Mt 16, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Patrick BRAUD

Par L'homélie du dimanche - Communauté : Communauté spirituelle

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